Farangiz. Chapitre II. Enfant du Désespoir

Chapitre I. Un instrument à couper les âmes


Et pourtant, pourtant, de ce terrible exercice. De cet exercice de torture. De cet exercice tisseur de désespoir n’est pas né que désolation.

En effet, une nuit fatidique, ce n’est pas une concubine du harem républicain qui vint préparer le thé empoisonné pour Utkir l’Intransigeant, mais bien un officier de l’armée. Et pas n’importe quel officier de l’armée: le seul officier femme de tout l’empire. Et pas n’importe quel officier femme. Ajdar. Un dragon. Un dragon ayant pris forme humaine.

Ajdar, Tezhip.uz & Farangiz Marcombe

Car voyez-vous, cette nuit fatidique eut lieu un 8 mars. À cette date, toutes les femmes du palais avait été congédiées pour les festivités. C’est donc ainsi qu’Ajdar accepta de rendre service, mais bien entendu, à reculons. Et seulement parce que l’empereur, à la manière d’Iskandar (Alexandre le Grand), avait les cheveux bouclés. Quoi qu’il en soit, cette nuit du 8 mars, à l’heure où les tous petits vont dormir, c’est donc Ajdar qui prépara le thé empoisonné pour le terrible et redoutable empereur.

Cependant, une fois dans la pièce maudite. La pièce où se déroulait chaque soir l’exercice à couper les âmes. Absolument tous les soirs. Alors qu’elle entrait dans la pièce maudite, son oeil doux mais perçant et aguerri de dragon reconnut tout de suite l’instrument de torture joué par l’empereur. Ajdar reconnut immédiatement l’instrument pour ce qu’il était: non pas un instrument à cordes étranger, élégant ou idéal pour une ascension sociale fulgurante, mais plutôt un outil de torture au son strident, inhumain et à couper les âmes. Un objet honni. Ajdar reconnut instantanément l’outil de torture, car étant aussi originaire d’une république déchue, à l’image de la mère de l’empereur, elle n’avait elle-même que récemment cessé sa propre routine hypnotisante, mais fatale.

Par conséquent, le seul officier féminin de tout l’empire, ne souhaitant pas que son histoire se reproduise. Ne souhaitant pas que le vrai nom de l’empereur soit oublié. Son nom épique. Sa destinée. Ne souhaitant pas que l’histoire se reproduise, s’épuisa à faire dérailler la routine meurtrière de son ami. Elle tenta d’abord de décorer la pièce maudite s’ouvrant par une porte repoussante de tentures bleues. Bleu saphir. Couleur d’empire. Elle s’essaya aussi à flatter l’égo du terrible et redoutable empereur afin de lui rappeler sa nature bienfaisante. Celui-ci ne fit que lui rire au nez de dédain. Enfin, elle entama un voyage aux quatre coins de l’empire afin de dénicher les meilleurs artisans du pays pour fabriquer à son bourreau un nouvel instrument de musique. Un instrument local. Un outil à réparer les âmes.

Malheureusement, chacune des tentatives du dragon échoua. Ne faisant que renforcer le désespoir de la situation. Ne faisant qu’éroder chaque jour un peu plus sa propre détermination. Ne faisant qu’exaspérer un peu plus le terrible et redoutable empereur.

Parce que, en définitive, en se pliant en quatre pour l’empereur, Ajdar ne faisait que danser au rythme de la somptueuse mais fatale mélodie. Et danser sur une mélodie ne fait qu’augmenter le pouvoir de celle-ci.

De ce fait, réalisant que toutes ses tentatives ne faisaient qu’amplifier la malédiction de l’empire. Réalisant que le moindre de ses gestes cimentait le caractère terrible et redoutable de son bourreau, autrefois bienfaisant. Ajdar elle-même commença à ressentir un sentiment qu’elle n’avait pas éprouvé depuis longtemps. Un sentiment de découragement total. Le désespoir le plus noir.

Larme de dragon, Tezhip.uz & Farangiz Marcombe

De ce sentiment de désespoir, émergea une larme solitaire qui chemina délicatement du coin de l’oeil doux mais néanmoins perçant et aguerri de la femme-dragon. Cependant, cette larme solitaire n’atteint jamais le sol. Au contraire, elle tomba sur l’une des notes de musique de la mélodie à couper les âmes produite par l’empereur. Ainsi, le mélange entre une larme de dragon et une note de musique désespérées donna naissance à un miracle.

Et voici l’histoire de la naissance d’un être gracieux, élégant et extraordinaire. D’un être parfait, du simple fait qu’il respirait. D’une fille aînée. Farangiz. Un prénom qui signifie espoir venu de loin.

Фарангиз (Farangiz) Feu d’albe, Nuri xonadon (Lumière du foyer).

À suivre…

Farangiz Marcombe

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