Un mariage kazakh en Ouzbékistan

La Saint-Valentin est loin d’être ma fête préférée. Cependant, j’ai récemment été invitée au mariage d’une de mes collèguesJe profite donc de la fête des amoureux pour vous narrer cet événement particulièrement réussi, malgré une crise énergétique omniprésente: le salon de mariage n’était pas chauffé ce jour-là.


En m’embarquant avec d’autres de mes collègues pour 40 km de route au sud de la province de Tachkent, je n’avais aucune idée de ce à quoi m’attendre. En effet, j’étais convaincue me rendre à un mariage ouzbek, bien que Juan m’ait assurée à plusieurs reprises que le prénom de la mariée, Nursulu, était d’origine kazakhe. Ce n’est qu’à mon arrivée dans le village d’Akkurgan que mes collègues m’ont expliqué que nous nous trouvions bien dans un salon de mariage kazakh, érigé pour l’usage de la petite communauté kazakhe des environs. Les Ouzbeks d’origine kazakhe sont en effet environ 2,5% dans le pays aujourd’hui.

C’est à ce moment-là que j’ai réalisé l’immense privilège de ma présence à Akkurgan. En Asie centrale, chaque ethnie a ses propres traditions nuptiales. Assister à un mariage local est donc une expérience unique en son genre.

Arrivé un peu en retard, notre groupe a fait irruption en plein pendant la présentation de la mariée aux invités. Comme Juan me l’avait confirmé, Nursulu est un prénom kazakh, signifiant lumière ou illumination. Et en effet, la mariée n’a pas manqué de nous éblouir dans sa magnifique tenue moderno-traditionnelle rouge et blanche.

La mariée Nursulu, une apparition lumineuse

Ce qui m’a le plus intriguée dans ce mariage c’est que l’événement en lui-même semblait porter plus sur la mariée que sur le couple nouvellement uni. Je tiens cependant à préciser que tout se passait en langue kazakhe et que beaucoup de choses ont pu être lost in translation ce soir-là… Quoi qu’il en soit, après quelques recherches, j’ai donc appris que, l’histoire kazakhe ayant été majoritairement nomade, dans la tradition, les mariées devaient souvent quitter leur famille pour se joindre à celle de leur époux, dans une autre tribu lointaine. Plus qu’une mariage, la fête à laquelle nous avons assisté aurait donc plutôt constitué une cérémonie d’adieux. Et ce même si, dans les temps modernes où nous vivons, Nursulu ne part que dans la grande ville d’à côté. De ce fait, durant la deuxième partie de la cérémonie, la grand-mère et la mère de la mariée ont prodigué de nombreux conseils, à Nursulu et parfois à son époux, sur la vie de couple.

À l’issue de ces discours émouvants, ce fut au tour de la grand-mère du marié d’impressionner tout le monde. Selon la tradition kazakhe, la musique est un élément essentiel du mariage. La mariée doit donc préparer pour ses invités des chants, appelés synsu ou cris, pour dire au revoir à sa famille. Mais ce jour-là, c’est la grand-mère du marié qui a émerveillé nos oreilles par un magnifique chant traditionnel, chanté a cappella!

De gauche à droit, la grand-mère de Nursulu et la grand-mère du marié chantant en l’honneur de son petit fils

Après cette performance remplie d’émotions, les deux familles nouvellement unies ont procédé à un échange de cadeaux. Les femmes ont reçu des tissus et vêtements colorés à motifs traditionnels ainsi que des bijoux, tandis que les hommes se sont échangés, entre autres, des bouteilles de vodka. Puis, les présentateurs kazakhs ont encouragé tout ce beau monde à envahir la piste de danse pour officialiser et célébrer ce mariage au rythme de musiques modernes, chants du Khorezm, pop russe, etc.

Et bien sûr, un mariage kazakh n’aurait été complet sans le partage d’un grand plat de beshbermak! Déjà introduit dans un billet de blog en anglais sur la gastronomie centrasiatique, le beshbermak est un plat traditionnel kazakh, composé de pâtes type lasagne, cuitent dans du bouillon et accompagnées de viandes de mounton ou de cheval, dont du kazi, cette délicieuse saucisse de cheval, et parfois de légumes. Ce beshbermak fut d’ailleurs le meilleur que j’ai goûté jusqu’à présent!

Un délicieux plat de bershbermak servi en plat de résistance

Pendant le repas, la mariée s’est éclipsée pour enfiler une deuxième magnifique tenue, cette fois plus traditionnelle. Les mariés ont ensuite enfin pu se lever de leur table d’honneur pour célébrer leur mariage à travers une gracieuse danse de couple.

Les magnifiques mariés!

Après un bon repas et quelques photos avec les mariés, nous sommes repartis vers Tashkent. La route du retour fut d’ailleurs toute une péripétie. La campagne ouzbèke étant complètement enneigée, nous sommes rentrés en passant à travers un brouillard très dense, nous empêchant de voir à un mètre devant nous.

Photo de groupe entre collègues

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