Architecture tachkentoise: la Place de l’Indépendance

Aujourd’hui, nous célébrons l’anniversaire de l’Ouzbékistan. Tous les ans, le 1er septembre, un défilé et des réjouissances sont organisés sur la Place de l’Indépendance de Tachkent. Située au centre de la capitale la Place de l’indépendance, Mustakillik Maydoni en Ouzbek, fait le lien entre les bâtiments les plus importants du gouvernement d’un côté – Cabinet des Ministres, Sénat et quelques ministères – et le centre récréatif et culturel de l’autre – Bibliothèque nationale, galeries d’arts, rue des artistes (Broadway), etc. Successivement terrain de résidence du gouverneur général de l’Empire russe au Turkestan et Place Rouge sous l’Union soviétique, Mustakillik Maydoni consacre maintenant la nouvelle position de la République d’Ouzbékistan dans le monde et constitua même un modèle architectural pour beaucoup de constructions nationales dans les années qui suivirent l’indépendance de l’Ouzbékistan.

Première visite de Mustakillik Maydoni en août 2019

Tentons donc aujourd’hui de comprendre les multiples symboles qui se trouvent agencés dans cet ensemble majestueux et plein d’un espoir nouveau.

*** Je n’ai trouvé que très peu d’information en ligne à propos des monuments et symboles qui se retrouvent sur la Place de l’Indépendance de Tachkent. L’analyse qui va suivre est donc entièrement personnelle et ne reflète en aucun cas la position officielle du gouvernement de l’Ouzbékistan. ***


I/ Une place aux couleurs de l’Ouzbékistan

Ce qui frappe quand on arrive sur Mustakillik Maydoni, c’est cette étendue de ciel bleu sans fin qui surplombe la place. Ce ciel pur et clair, musaffo osmon en ouzbek, est l’un des premiers symboles de l’Ouzbékistan, où l’on compte en général plus de 320 jours ensoleillés. Sous ce voute céleste bienveillante, deux fontaines monumentales qui nous rappellent l’importance de l’or bleu dans ce pays désertique, urbanisé autour d’oasis. Voici donc la première couleur de l’Ouzbékistan, le bleu. Couleur bleue au départ endossée par le grand conquérant, Tamerlan, puis déclinée en de multiples tons pour décorer les murs des médersa et mosquées, et enfin adoptée en tant que première couleur du drapeau ouzbek.

Plus loin, au nord-est, une modeste forêt offre un chemin ombragé aux touristes curieux, couples d’amoureux et écoliers tout juste sortis de l’école, venus se reposer autour du monument commémoratif de la Seconde Guerre mondiale. Une deuxième couleur de l’Ouzbékistan se révèle donc à nous autour de cette Place de l’Indépendance, le vert. Couleur de la fertilité et de la nature, le vert du drapeau ouzbek représente aussi l’Islam, pratiqué à 80% dans le pays. Le vert officiel fait donc effet miroir avec le croissant de lune et les douze étoiles qui se situent en haut à gauche du drapeau. Symbole religieux, ces constellations rappellent aussi le travail de titan de l’astronome Mirzo Ulug’bek, gouverneur de Samarcande au XVe siècle, et de ses acolytes, compilé dans un catalogue de 1018 étoiles.

Et enfin, entre l’eau et la forêt, une construction humaine, une majestueuse arche de seize colonnes corinthiennes, tout de marbre blanc vêtue. Nommé Arche des bonnes et nobles aspirations et décoré d’arabesques bleues et argentées, ce monument mélange modernité et art traditionnel en un style nouveau qui a d’ailleurs inspiré nombre de constructions de l’époque, telle le centre des conventions internationales de Tachkent, érigé non loin de l’Hôtel Ouzbékistan, avec la même facture. Ce blanc de marbre qui donne toute sa grandeur à ce monument se retrouve aussi dans la décoration de la station de métro Mustakillik, première station de métro inaugurée à Tachkent (1977, sous le nom de station Lénine), et constitue la troisième couleur fondamentale du drapeau national, en tant que symbole de paix.

Le drapeau et les armoiries de la République d’Ouzbékistan

II/ Un avenir plein d’espoir

En passant sous l’Arche aux bonnes et nobles aspirations, nos pas commencent à suivre l’Ok Yul, ou juste chemin, au bout duquel se trouve un monument de bronze. Ce monument, façonné dans le même style que la mère du soldat disparu, quelques mètres plus loin, représente aussi une mère, cette fois avec dans les bras un nourrisson. Cette correspondance ferme ainsi la boucle d’une histoire révolue. L’enfant, quant à lui, a le visage levé vers un globe terrestre qui surplombe la scène maternelle. Sur cette sphère, une carte immense de l’Ouzbékistan, symbole de la nouvelle place du pays dans le monde. Cette interaction entre le regard de l’enfant et le monde constitue une preuve du grand optimisme du peuple ouzbek quant au futur qui l’attend à cette date anniversaire du 1er septembre 1991.

De la même façon, une nouvelle boucle est insérée dans la composition monumentale de Mustakillik Maydoni. La sphère terrestre admirée par l’enfant se répète en effet au sommet de l’Arche aux bonnes et nobles aspirations, cette fois servant de base à l’envol d’oiseaux Simorgh. Dans la mythologie des mondes persans, le Simorgh est un oiseau similaire au Phénix, doté d’une queue de paon et d’une tête de félin. Appelé Humo en Ouzbékistan, le Simorgh est un leitmotiv de la zone d’influence persane. Ce personnage légendaire fut en effet d’abord représenté sur l’école islamique Nodir Devonbeg (1622-1623), à Boukhara, devant la salle de concert Turkistan, de Tachkent, ainsi qu’à l’entrée du parc Bobur de Namangan.

Avant tout renommé pour sa sapience – le Simorgh niche dans l’arbre de la sagesse, contenant les graines de tous les végétaux du monde – cet animal est d’autant plus important pour l’Ouzbékistan que son histoire fut narrée par le grand poète Alicher Navoï, premier écrivain à avoir écrit en Tchagatai (ancêtre de la langue ouzbèke). Selon l’écrivain trucique, le Simorgh serait même « L’oiseau le plus gentil du monde ». L’on comprend donc pourquoi cette figure mythique est utilisée en allégorie du peuple ouzbek.

Statue du poète Alicher Navoï, Allée des écrivains, Magic City

Mais c’est grâce au poème, La langue des oiseaux, que Mustakillik Maydoni prend tout son sens. Cette parabole écrite par Alicher Navoï à la veille de sa mort conte l’histoire d’un groupe d’oiseaux terrestres qui se rassemblent pour commencer un long périple de retour vers leur roi, le Simorgh. En dépit des difficultés, de leurs doutes et des obstacles qui entravent leur chemin, le groupe arrive à son but, constamment encouragé par leur sage chef, Hoopoe. Celui-ci leur promet en effet une vie apaisée et satisfaisante en échange de leurs durs efforts. Utilisant la métaphore des oiseaux pour symboliser les êtres humains, Alicher Navoï exhorte ainsi ses confrères à faire la sourde oreille à leurs excuses et défauts afin de trouver la véritable signification de la vie.

Sur la Place de l’Indépendance de Tachkent, les oiseaux terrestres deviennent un nouveau né. Son regard plein d’espoir dirigé vers la Terre annonce une détermination nouvelle à se lancer sur le chemin de sa future identité, aussi difficile soit-il. Et cette nouvelle identité est représentée par un Simorgh rené de ses flammes et annonçant un nouveau pays, celui de la République de l’Ouzbéksitan.

En effet, l’avènement des pays d’Asie centrale ne fut pas un long fleuve tranquille. Arrivée par surprise, la dissolution de l’Union soviétique ne laissa pas beaucoup de temps aux nouvelles nations souveraines pour s’organiser. À titre de témoin, le chaos et l’insécurité qui régnèrent dans nombre d’anciens membres de l’Union des années après la fin du projet. À travers cet ensemble célébrant l’indépendance de la République d’Ouzbékistan, l’on voit donc une volonté de rassurer, mais aussi d’encourager le peuple de l’Ouzbékistan à se lancer sur un chemin jonché d’e danger d’obstacles, mais rempli de promesses optimistes.


Et ce but de paix, d’harmonie, et de nouvelle identité semble bel et bien avoir été atteint aujourd’hui. Joyeux anniversaire à l’Ouzbékistan!

Joyeux anniversaire à l’Ouzbékistan!

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