Dans mes plus grands délires imaginatifs, j’aime à rêver d’un monde où, à chaque fois qu’un problème survient entre des groupes de gens ou des pays, l’on dresse une table pour un festin. Et dans cette utopie, au fur et à mesure que les panses se remplissent, la haine se vide. Au fur et à mesure que l’on en apprend plus sur la gastronomie et la culture de l’autre, l’on arrête de déshumaniser tout ce qui nous est différent.
Oui, ce me semble que de telles pratiques seraient la preuve du réel raffinement et de la véritable supériorité de l’espèce humaine sur les autres. Un rêve, en somme bien loin de la réalité que nous vivons aujourd’hui…
Mais bon, pour le éternels optimistes, attirés qui plus est par la possibilité de festins quotidiens, je propose aujourd’hui, une liste des meilleurs potages ouzbeks. La cuisson de la soupe ouzbèke est un véritable art, puisqu’il s’agit de ne jamais laisser la préparation entrer en ébullition. En somme, une vraie leçon de diplomatie de la part de l’Ouzbékistan! Pour celles et ceux dont le cœur meurtri a besoin d’être panser par un potage bien chaud, ou encore celles et ceux qui ont besoin de réconfort en ce sombre mois de novembre, voici donc un récapitulatif appétissant des potages en provenance d’Ouzbékistan:
1. Se réchauffer à la lave de volcan avec la Mastava
Comme je l’ai dit dans mon entrevue avec WeProject, la Mastava est l’un de mes plats préférés en Ouzbékistan. De son nom persan most, qui veut dire yaourt, et ob, rappelant l’eau, la Mastava est un potage qui se savoure avec du qotiq, le yaourt ouzbek.

Soupe parfaite quand on a du riz de la veille, la Mastava est un plat composé de boulettes de boeuf, de pommes de terre, carottes et tomates coupées en cubes. Une fois le bouillon préparé, l’on y ajoute donc des restes de riz, du yaourt et du persil, pour un rendu rouge vif qui rappelle les entrailles d’un volcan et réchauffe comme tel! Si vous cherchez un coin où essayer ce délicieux potage à Tachkent, mon restaurant préféré dans la ville est un petit Milliy Taomlar dans la rue Choponata, quartier de Yakkasaroy.

2. La réconfortante Shurpa
Pour être tout à fait honnête, je ne peux pas me décider entre la Mastava et la Shurpa, deux potages extrêmement populaires en Asie Centrale. Disons donc que la Shurpa vient en deuxième place, car elle est plus difficile à réussir. De son nom “bouillon de viande”, cette soupe est souvent cuisinée avec de la viande d’agneau, devenue extrêmement tendre par des heures de cuisson.

La Shurpa rassemble des ingrédients similaires à la Mastava, mais cette fois, ajoutés presque entiers dans le bouillon. Si vous commandez ce potage dans les régions de Boukhara, Ferghana, du Qoshqodaryo, ou encore de Samarcande, la Shurpa viendra accompagnée de nakhut, ces pois venus d’Asie qui ressemblent aux pois chiches. Le tout ensemble pour un rendu réconfortant, toutefois très différent de la Mastava.
3. La Mohora, soupe du printemps et des mariages
Parfois, ça ne suffit pas de manger chaud pour chasser le spleen de l’hiver. Il faut aussi se rappeler de la belle saison. Et pour moi, la soupe qui prend le nom de Mohora est tout indiquée pour ça. Faisant usage d’ingrédients similaires aux deux premières, cette soupe est cependant agrémentée de pois chiches et de coriandre qui lui donnent un air de printemps. Une image bien nécessaire en plein mois de novembre.

Avec un temps de préparation plus long que la Mastava, la Mohora est apparemment préparée pour les grandes occasions, et surtout, les mariages. Ainsi, je recommande la Mohora préparée par le palais de mariage Sim Sim, dans la rue Muqimiy.
4. La Mashrurda, la soupe de lentille ouzbèke
Dans la famille des potages au nom difficile à prononcer, je demande la Mashrurda! Outre son nom, cette soupe serait assez difficile à cuisiner en France, où l’on ne trouve quasiment pas de haricots mungo. Originaires du nord de l’Inde, ces haricots prennent la forme de lentilles ovales de couleur vert bambou, avec un petit trait blanc sur le dessus. Bourrés de fibres, ce sont aussi les stars du potage que je présente ici.

Composée de bœuf et de riz, la Mashrurda est un peu une version enfantine de la Mastava. Ce potage constitue aussi un excellent remède pour la digestion. Juan commande souvent une mashrurda dans une petite cantine de la rue Chilonzor.
5. Le Mampar, version potage du Lagman
Dans un article plus ancien, je déclarais mon amour pour la Lagman, ce plat d’origine ouïgoure très populaire en Ouzbékistan. Eh bien devinez quoi? Cette recette turcique délicieuse se décline aussi en soupe! Il suffit tout simplement de remplacer les nouilles ouïgoures par de petites pâtes en forme de lentilles et voilà! Le tour est joué!


Ce potage n’est-il pas magnifique? En tout cas, le bouille dense de cette soupe éveille sur nos papilles des saveurs exotiques et chaudes de coriandre, fenouil et tomates qui nous font voyager loin de la grisaille et du froid du mois de novembre en climat continentalo-tempéré!
Curieusement, en France, je n’ai jamais été très intéressée par les soupes. Leur allure verdâtre n’encourageant en rien leur consommation et rajoutant au poids écrasant des hivers gris bordelais et parisiens. C’est donc en Ouzbékistan que j’ai commencé à m’intéresser à l’art de la cuisson des potages. Se lancer dans la confection de plats ouzbeks, c’est tout un équilibrisme entre la bonne température et les bons récipients.
Mais c’est aussi un processus magique qui transforme des plats aux ingrédients pourtant très similaires en des nectars divins à la saveur absolument unique.
Le premier plat que je servirais donc sur mon imaginaire Table de la paix serait une soupe ouzbèke, bien entendu!
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